Georges Brassens
LES LILAS



Quand je vais chez la fleuriste,

Je n'achète que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.

Comme j'étais, en quelque sorte,

Amoureux de ces fleurs-là,
Je suis entré par la porte,
Par la porte des Lilas.

Des lilas, y en avait guère,

Des lilas, y en avait pas,
Z'étaient tous morts à la guerre,
Passés de vie à trépas.

Je suis tombé sur une belle

Qui fleurissait un peu là,
J'ai voulu greffer sur elle
Mon amour pour les lilas.

J'ai marqué d'une croix blanche

Le jour où l'on s'envola,
Accrochés à une branche,
Une branche de lilas.

Pauvre amour, tiens bon la barre,

Le temps va passer par là,
Et le temps est un barbare
Dans le genre d'Attila.

Aux coeurs où son cheval passe,

L'amour ne repousse pas,
Aux quatre coins de l'espace
Il fait le désert sous ses pas.

Alors, nos amours sont mortes,

Envolées dans l'au-delà,
Laissant la clé sous la porte,
Sous la porte des Lilas.

La fauvette des dimanches,

Celle qui me donnait le la,
S'est perchée sur d'autres branches,
D'autres branches de lilas.

Quand je vais chez la fleuriste,

Je n'achète que des lilas...
Si ma chanson chante triste
C'est que l'amour n'est plus là.

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